mercredi 26 mars 2014

La différence


J'ai grandi à deux coins de rue d'un centre d'accueil des immigrants à Québec. Mes premiers amis étaient et le sont toujours tous d'origine étrangère : Maroc, Liban, Haïti, Italie, France... Ma marraine et sa fille sont Belges, mon demi- frère est Allemand et une grande partie de ma famille Suisse et Américaine. Vous aurez donc compris que dans ma vie le racisme n'a jamais eu sa place et que le terme différence est apparu tardivement. Je viens d'un milieu prônant le multiculturalisme. Les mélanges et les partages de culture sont perçus comme un cadeau qu'on a fait à l'Amérique : nous sommes tous égaux et uniques. 

Or, je suis bien au fait que tous ne pensent pas ainsi. Récemment je lisais une chronique sur un blogue qui parlait des difficultés d'adaptation des musulmanes et femmes arabes au Québec. On y abordait la Charte des valeurs québécoises et la résurgence de positions extrémistes. Bien que je ne souhaite pas tomber dans ce discours ma foi houleux, ce qui m'inquiète ici et ce que révélait la chronique, ce sont les discours racistes et xénophobes, non pas la voix d'une majorité de québécois, mais qui réussissaient tout de même à être partagés et visibles aux masses grâce aux médias sociaux entre autres. Ces échanges sanglants entre opinions extrêmes n'amenaient que haine et huile sur le feu et n'étaient appuyés sur rien d'autre que des préjugées. 

Que nous soyons d'accord ou non avec la proposition d'une charte, il y a une limite à ce que l'on peut dire comme argumentaire. Dans ce cas cela à dégénérer pour laisser quoi? Plusieurs frustrations sans solution, mais également beaucoup de heurtes à la différence. Dans ce discours, on a, non intentionnellement je le souhaite, divisé la société en deux catégories : les québécois "pure laine" ou d'origine étrangère, faisant sentir à des générations de québécois d'origine mixte qu'ils n'étaient pas vraiment chez eux. Il y a une dimension éthique dans la formulation de la discussion qui a, selon moi, échappée au gouvernement Marois.

En ce qui concerne les femmes musulmanes je me pose la question : si et je dis bien si elles sont oppressées dans leur religion, pensons-nous vraiment que de les oppresser dans l'espace public les aidera à se libérer?

2 commentaires:

Alexandra Lapierre a dit…

Il y a quelques temps, une femme est décédé à Montréal dans les escaliers roulants du métro. Son foulard s'était ''prit'' dans une des marches. Les journalistes ont finit par découvrir que la femme en question était musulmane et que c'était en fait son hijab qui l'avait fait périr. Je me souviens d'un commentaire vraiment perturbant sur les réseaux sociaux à propos de la femme qui était effectivement musulmane...l'utilisateur facebook avait fait allusion au fait qu'elle avait ''mérité'' ce qui lui arrivait parce qu'elle était musulmane et que si elle n'avait pas eu son voile, ce ne serait pas arrivé (alors qu'on s'est bien que n'importe qui avec un foulard ça aurait pu arrivé, bref!). En fait, à la suite de ça les commentaires haineux ce sont enchaînés et les gens disaient que "ça leur apprendrait" à porter ces voiles et les propos xénophobes ont continués de plus belle! J'ai souvent entendu dire que les Québécois étaient des racistes frustrés, et j'ai toujours essayé de nous défendre. On est pas tous comme ça, heureusement. Mais franchement je perds souvent foi en ce manque de savoir vivre et cette fermeture d'esprit tellement ridicule de certaine personne, que ça me décourage. J'espère vraiment que je me trompe et que ces personnes sont une minorité qui ne fait que parler trop fort...

Malory Lepage a dit…

Bien que les réseaux sociaux servent trop souvent de porte-voix à bien des langues de vipère, force est de constater qu'un élément clé les nourrit: les médias. Le rapport de la commission Bouchard-Taylor expose clairement le fossé entre la réalité et ce que les médias véhiculent. Ne généralisons pas: ce ne sont pas tous les médias qui contribuent à nourrir les mauvaises langues. Cependant, certains émettent des propos qui incitent à la haine envers les minorités ethniques. Les gens se fient à ce qu'ils voient à la télévision et très peu d'entre eux se questionnent sur la véracité des propos qu'ils entendent. S'en suit donc une spirale de mépris injustifiée. Si nous ne pouvons pas contrôler ce qui se véhicule dans les médias, je crois que nous pouvons aiguiser notre sens critique et fonder notre opinion sur des faits réels, en cherchant un peu plus loin qu'à la surface de ce qui nous est présenté.