mercredi 20 novembre 2013

Martin Gray : une identité morale à toute épreuve

Lorsque nous venons au monde, seule l’âme nous définit. À la naissance, nous n’avons pas de personnalité. C’est plutôt la culture, l’éducation, les évènements et les obstacles qui croisent notre route qui nous permettent de forger notre identité. La quête de son identité morale nécessite donc de traverser le long chemin tumultueux qu’est la vie.

« L’identité morale (la partie de l’identité qui porte des jugements moraux) peut s’articuler autour d’un idéal moral : des valeurs, des aspirations vers un état idéal, valorisé, souhaité, une conception de la vie bonne » (Séance 2 : Powerpoint).

La mise en perspective de son identité morale permet alors de mieux se connaitre et, ainsi, d’être authentique et honnête envers soi-même. « Au cœur de notre identité morale se trouve alors l’effort pour faire coïncider notre idéal moral et nos actions, nos choix, nos décisions » (Séance 2 : Powerpoint). Il revient à chacun de décider s’il se respecte ou non dans ses décisions et dans ses actions. Il est plus aisé de construire son identité morale que de la défendre sur la sphère publique. Ce n’est pas tous les citoyens qui ont la force mentale et physique pour oser défier la majorité. Contrairement à autrefois, l’espace public n’est plus un lieu de consensus, mais plutôt de débat. Pour y régner, il est primordial d’avoir une facilité à communiquer et surtout à convaincre. Certains parlent plus fort que d’autres, mais cela ne suffit pas. Il est nécessaire d’être entendu et surtout écouté. Certaines personnes ont des idéaux ancrés profondément en leur identité morale à un point tel, qu’ils n’hésitent pas à agir concrètement en leur nom. « Il [l’idéal] devient ensuite une motivation profonde, un puissant moteur qui nous conduit à refuser des compromissions, à endurer des souffrances, à vouloir faire « durer » notre identité » (Séance 2 : Powerpoint). Croyant dur comme fer en la vérité et en la pureté de leur idéal, ces gens sont prêts à soulever mer et marée au risque de leur propre vie. Nelson Mandela, Gandhi, Martin Luther King, Abraham Lincoln et Mère Teresa font partie de ses individus forts d’esprit, capables de transmettre leur idéal et de convaincre. Par contre, ces figures historiques n’ont pas agi seules. Elles étaient toutes encouragées par d’autres individus qui ont également risqué leur vie. Il ne faut surtout pas oublier les gens qui agissent dans l’ombre.

Martin Gray, qui a survécu à l’Holocauste des Juifs, a consacré sa vie à parler au nom de tous les siens. Ce héros a défendu ses idéaux en tant que citoyen, seul contre tous. Sa rage de vivre, sa force de caractère et ses idéaux l’ont aidé à se battre avec la résistance contre les nazis. À travers ses livres, Gray a su représenter l’identité juive. Son objectif étant que le drame vécu par le peuple juif reste dans la mémoire internationale, pour éviter que cette cruauté se produise à nouveau. Nul doute que l’écrivain a été habité par un sentiment de colère profond. La peur, la peine et la rage ont certainement régné après la libération des Juifs. Gray a du faire un long cheminement pour s’émanciper. Qu’est-ce qui l’a sauvé ? L’amour. Une citation du livre Choisir la conscience de Sanaya Roman m’a fait penser à la réflexion qu’a certainement eu Martin Gray.

« C’est pourquoi il est préférable, lorsque vous êtes en colère, d’attendre jusqu’à ce que vous soyez en contact avec l’espace d’amour de votre plus profonde vérité, plutôt que d’agir sous l’emprise de cette colère » (Roman, 1986 : 87).

Dans une entrevue télévisée à l’émission KTO dans laquelle l’écrivain a été interviewé, ce dernier affirme que l’Holocauste lui a fait voir : « qu’à coté du mal, qu’à coté des bourreaux, qu’à coté des animaux au visage d’homme, l’homme est capable de prendre et de garder le visage du bien » (Gray, 2004 : 2 minutes, 53 secondes). Dans la misère, les Juifs ont su s’entraider au péril de leur vie. L’écrivain a su trouver la beauté qui est ressortie de cette pénible épreuve. Gray a donc compris que l’amour est l’élément essentiel d’une vie, car il unit les hommes. « Je dis simplement, ce que j’ai découvert tout au long de ma vie, qu’on ne peut pas vivre sans amour et que l’amour multiplie vos forces et que la vie sans amour n’est rien » (Gray, 2004 : 6 minutes, 2 secondes). Il ajoute : « Si je suis aujourd’hui là, c’est grâce à l’amour » (Gray, 2004 : 6 minutes, 16 secondes). L’amour lui a donc permis de s’émanciper de la négativité qui l’habitait. Le pardon et la paix intérieure lui ont permis de parler au nom de tous les siens avec sérénité et conviction. Il aurait pu encourager la vengeance des siens contre les nazis, mais il a préféré miser sur la paix, car selon lui, l’amour est plus fort que tout. Au lieu de s’apitoyer sur son sort, Gray a donné sa vie pour une cause. Autrement dit, il a donné sa vie au nom de sa propre vérité. « Lorsque vous n’avez rien à perdre, il est certainement plus facile d’être en harmonie avec votre profonde vérité » (Roman, 1986 : 87). Effectivement, l’écrivain n’avait plus rien à perdre. Il a perdu à deux reprises sa famille, ses parents, lors de l’Holocauste, et sa femme et ses enfants, lors d’un feu. Malgré ses idéations suicidaires, Martin Gray avait la conviction qu’il devait transmettre au peuple juif sa foi en la vie. « En vous emplissant de lumière, votre faculté d’agir sur le monde s’accroît » (Roman, 1986 : 109).

En conclusion, l’identité morale d’un individu, axée sur des valeurs profondes, engendre la paix intérieure permettant de témoigner de ses idéaux élevés empreints de sagesse et d’amour.


Sources :

KTO Émission Catholique. « VIP - Visages Inattendus de Personnalités ». 2004. En ligne. http://www.youtube.com/watch?v=jsC7WYOA75g&noredirect=1. 47 minutes et 24 secondes. Visionné le 6 octobre 2013.

Roman, Sanaya. 1986. Choisir la conscience. Ronan Denniel éditeur. 193 p.

1 commentaire:

Stéphanie a dit…

C'est un très beau billet, vraiment, bravo! J'ai également lu le roman de Martin Gray, il y a déjà plusieurs années. Sa volonté de vivre, sa ténacité, son positivisme et ses valeurs devraient diriger la vie de bien des gens qui se cherchent…

Ce qui m'avait avant tout marqué de la profondeur de l'âme de cet homme était son acceptation des défis que la vie envoie. Peu importe les épreuves que la vie lui avait fait subir, il tirait une leçon et modifiait sa façon de voir la vie pour apporter quelque chose à quelqu'un. Le fait que cet homme n'était pas centré sur lui-même l'a nourri. De donner aux autres lui avait permis de surnager dans la tempête et de redonner un sens à sa vie. Une histoire magnifique et touchante, à lire malgré la dureté, pour nourrir le coeur et l'esprit des hommes de consommation que nous sommes aujourd'hui, pas si longtemps après Martin Gray.