jeudi 7 novembre 2013

Les camps de concentration : ouverts à tous ?


Après avoir entendu l’exposé sur la propagande dans le cours de cette semaine, je me suis interrogée sur un aspect important, et pourtant négligé de toute l’histoire du massacre des Juifs lors de la Deuxième Guerre mondiale : les camps de concentration.

L’été passé, j’ai eu l’occasion de visiter l’un des camps de concentration des plus meurtriers de cette sombre période. Il s’agit du camp Sachsenhausen, situé à Berlin. Je dois avouer que sans être emballée par l’idée de me rendre sur ces lieux, ma curiosité et ma passion pour l’histoire me devançaient. Tout comme la plupart des personnes qui ont déjà visité l’un de ces camps, j’ai ressenti un grand malaise en passant la grande barrière et en réalisant toute l’ampleur que ces quelques kilomètres carrés impliquaient. Toute la gamme d’émotions y passe : malaise, honte, dégoût, tristesse, compassion, curiosité, déchirements, et j’en passe.



Cependant, je ne désire pas porter ma réflexion sur ce que ces victimes ont subi. Nous sommes assez sensibilisés au sujet et nous tentons tous tant bien que mal d’oublier un peu ces horreurs infligées par la race humaine. Je veux plutôt porter votre attention sur le dilemme éthique qui entoure l’accès aux camps de concentration un peu partout dans le monde. Est-ce correct que chaque année des milliers de personnes de rendent sur les lieux pour satisfaire leur curiosité et déambuler dans les salles remplies de chaussures et de vêtements appartenant jadis à des Juifs, dans les chambres à gaz désuètes, dans les fours crématoires où des cendres sont encore entassées ? Est-ce correct de s’asseoir dans les lits où plusieurs personnes sont décédées à la suite de leurs blessures ou par épuisement ? Est-ce éthique de visiter les petites salles cachées où les Allemands faisaient des expériences médicales sur les « races inférieures » qui devaient être éliminées, de toute façon ?

Bien sûr, beaucoup de personnes se rendent en ces lieux pour se recueillir et pour prendre conscience de toute l’horreur de la Deuxième Guerre mondiale. Beaucoup de personnes ont été touchées de près ou de loin par la réalité des camps de concentration et c’est, dans ce cas, tout à fait légitime de vouloir s’y recueillir. D’autres personnes d’y rendent également pour rendre hommage à l’un de leurs proches qui y est passé ou qui, malheureusement dans la plupart des cas, y a terminé sa vie. Il arrive même de compter parmi les visiteurs des anciens détenus des camps de concentration. D’un autre côté, la demi-douzaine de groupes d’étudiants qui étaient présents lors de ma visite au camp et qui ne réalisaient apparemment pas du tout où ils se trouvaient, riaient beaucoup trop fort et prenaient des photos d’eux comme s’ils se trouvaient dans un bar ne justifient absolument pas l’accès libre aux visiteurs de ces lieux.

Difficile de déterminer qui a sa place en ces lieux et qui n’est pas le bienvenu. Mais le problème va plus loin. Comme je le mentionnais précédemment, certains endroits dans les camps nous présentent des salles remplies de chaussures, de vêtements et même de cheveux et de dents ayant appartenu aux défunts qui se sont vus arracher à leurs biens et à leur famille. Je comprends que l’objectif poursuivi par une telle exposition est de faire comprendre au reste du monde ne serait-ce qu’un millième de ce que les Juifs, les homosexuels, les handicapés et les autres groupes « inférieurs » ont pu endurer, mais à quel point est-ce nécessaire ? Je crois que la notion de respect doit inévitablement être examinée à cet égard et la pertinence de cette mise en scène devrait être revue.

Avons-nous vraiment besoin d’être confrontés à tout cela ? Le seul fait de se rendre dans un camp de concentration ne satisfait-il pas la curiosité humaine ? 

4 commentaires:

Unknown a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec ta remarque, Audrey. Je crois profondément que la raison d'être de l'ouverture des camps de concentration au grand public est légitime pour toutes les raisons que tu as énumérés. Cela fait partie de l'histoire de l'humanité, bien que ce soit une partie d'une grande tristesse. Je suis toutefois d'avis que le matériel qui se retrouve à l'intérieur de ces camps comme les vêtements ou les chaussures ne sont pas nécessaires à la compréhension de l'ampleur de cette guerre. Cependant, ces éléments restent à la limite de l'acceptable. En ce qui concerne les dents (?!) et les cheveux, je crois que la limite de l'éthique et de l'acceptable a été largement franchis !

Unknown a dit…

13 novembre 2013
Je comprends ton point de vue que l’accès libre à ces endroits peut amener des personnes qui n’ont pas conscience de l’ampleur des événements qui se sont produits dans ces camps de concentration et qu’ils ne respectent pas les lieux comme ils le devraient. Je comprends aussi que de montrer aux yeux de toutes les souffrances que ces personnes ont subies peut paraître insensible. Mais je crois qu’il est important que tout le monde puisse y avoir accès. Ça fait partie de l’histoire de l’humanité, une époque sombre et tous ceux qui y ont participé devraient avoir honte, mais je crois qu’il est important que personne n’oublie. Malgré qu’on voudrait oublier et ne plus penser à ces personnes et leurs souffrances, afin que ça ne se reproduise plus dans le futur, il est important que le public soit témoin des conditions dans lesquelles ces personnes ont perdu la vie. Donc, l’accès à ces camps est important selon moi, et ceux qui ne prennent pas conscience de ce qui s’y est produit quand ils les visitent, sont les perdants et que les autres ne peuvent que gagner de cette expérience.

Unknown a dit…

Comme tu l’as si bien dit Audrey, la visite d’un camp de concentration permet de se recueillir et de ne pas oublier. Pour plusieurs, cette expérience sera l’occasion d’en apprendre plus et d’ouvrir les yeux sur la cruauté qu’ont vécue les juifs lors de cette période sombre de l’histoire. Contrairement à Jade, je ne crois pas que les artéfacts présents dans les camps de concentration sont inutiles. À mes yeux, ils sont des vestiges d’une horreur passée, un héritage qui permet de se recueillir. Les individus attachés aux biens matériels ont souvent besoin de ce type de monuments commémoratifs. En effet, les objets sont souvent beaucoup plus évocateurs pour ce type de personnes qu’un texte. Bien sûr, plusieurs seront capables de comprendre sans ces objets, mais pour les personnes qui, comme moi, sont attachées aux biens matériels, ces artéfacts sont très évocateurs.

Unknown a dit…

La question que tu as soulevée m’a beaucoup interpellée. En fait, je n’avais jamais pensé à ce point. Est-ce correct de faire visiter à des gens, un lieu où des centaines de personnes sont décédées?

Il subsiste toujours un malaise lorsque nous entrons dans un camp de concentration. En fait, il est surréaliste de voir comment un endroit aussi calme à présent, a pu connaître des atrocités pareilles. Je pense tout de même qu’il est nécessaire de se souvenir et de visiter ce genre d’établissement lorsque l’on a l’occasion. Il est nécessaire, car comme l’a dit Winston Churchill : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ». Il faut par contre faire un effort pour non seulement visiter les camps de concentrations, mais aussi pour se rappeler de tout le contexte historique entourant la Deuxième Guerre mondiale. J’ajouterais même qu’il faut non seulement se rappeler des atrocités faites aux Juifs, mais aussi se souvenir de tous les sacrifices que les soldats, les Juifs et les résistants ont faits pour qu’enfin la paix et la justice règnent.