jeudi 6 février 2014

Le dépassement de soi

Avec les Jeux olympiques de Sotchi qui sont sur le point de commencer, je crois que la notion de performance et de dépassement de soi est la bienvenue. De plus, j'ai moi-même été une athlète de haut niveau et je me trouve très bien placée pour vous en parler. Parfois, les gens ignorent complètement ce que vivent les athlètes. C'est un dur combat que d'essayer de devenir le meilleur au monde.

C'est quoi dépasser ses limites ? C'est quoi être performant ? Cela signifie quoi être le meilleur ? Alors que les Jeux olympiques commencent, on parle beaucoup du nombre de médailles que le Canada va ramener. Donc, est-ce que ça se résume à remporter une médaille olympique que de dépasser ses limites ? Je crois que non. Je ne suis pas allée aux Jeux, mais j'ai fait des championnats du monde, des coupes du monde, des championnats panaméricains, etc. J'ai tenté de me qualifier pour les Jeux de Londres en 2012, mais pour de nombreuses raisons, je n'ai pas réussi. Cela signifie-t-il que je n'ai pas dépassé mes limites ? Non. Tous les jours, à chacun de mes entraînements, j'ai tenté de repousser mes limites. J'ai tenté de me dépasser. J'ai survécu à des entraînements que je ne pensais jamais venir à bout, j'ai fait des choses que je ne me voyais pas faire, j'ai levé des charges que je trouvais bien trop lourdes pour mon corps, j'ai couru à des vitesses que je ne pensais jamais atteindre, bref, j'ai réalisé des choses qui me semblaient inatteignables. Bien qu'aux yeux du public et des athlètes les Jeux soient le but ultime, j'estime avoir donné le meilleur de moi à chaque compétition et à chaque entraînement et je crois que cela fait de moi une athlète accomplie. Je crois avoir réussi à performer selon mes capacités, car il ne faut pas oublier que chaque athlète a ses critères de performance et sa définition propre de la performance. Pour certains, être le meilleur au Canada est amplement suffisant pour avoir le sentiment du devoir accompli alors que pour d'autres, ils se trouveront nuls jusqu'à ce qu'ils gagnent une médaille d'or olympique. Encore une fois, il s'agit de se comparer à notre système de valeurs et non pas à celui de la planète entière.

Comprenez-moi bien. Je n'enlève rien aux athlètes olympiques de ce monde comme Michael Phelps ou Usain Bolt qui accumulent des records du monde. J'apporte seulement une nuance, car trop souvent, on oublie de parler des athlètes qui ne vont pas aux Jeux, mais qui sont tous aussi bons. Je crois que le dépassement de soi c'est d'être capable de se dire qu'on a tout donné et qu'on est fier d'avoir accompli ce qu'on a fait.

2 commentaires:

Catherine Mailloux a dit…

Bon matin!
Tout d'abord, je tiens à te dire que ton texte m'a particulièrement touché. Tu m'as donné des frissons!
Je voulais également te féliciter pour tout ce que tu as réussi à accomplir! Bravo.

Je suis tout à fait d'accord avec toi. Notre société et notre culture définit la performance des individus en les comparant les uns avec les autres. On oublie trop souvent que chaque individu a non seulement des capacités physiques uniques et différentes, mais aussi des capacités mentales, des rêves, des buts, des objectifs et des degrés de sentiment d'accomplissement tout à fait différents. Comme tu l'as bien expliqué dans ton exemple, tu as réussi à accomplir des choses que tu n'imaginais jamais pouvoir faire, passé à travers des entrainements qui te semblaient insurmontables… Chacun de nous, au quotidien, réussi à dépasser ses propres limites et à performer. Que ce soit toi, dans tes entrainements, l'étudiante qui réussi à décrocher une entrevue pour l'emploi de ses rêves, la jeune fille au gym qui coure son premier 5 kilomètre, toi, moi, qui avons achevé notre parcours universitaire…
Je crois qu'il faudrait que chacun de nous prenne un moment pour penser à comment il défini sa propre performance.

Il y a longtemps que j'ai arrêté de me comparer aux autres. Et je ne vous dit pas l'effet que ça fait! Pensez-y, ça va pas changer le monde, sauf que….

Vanessa Deziel a dit…

Quel texte! Probablement celui qui me rejoint et me rejoindra le plus ici. Je me suis reconnue dans beaucoup de tes mots. Pas parce que je l’ai vécu, mais parce que je le fais « vivre » à des jeunes de 12 à 16 ans. Je suis entraineure dans un sport-études de la région et je travaille tous les jours avec des jeunes filles qui sont prises dans ce cercle vicieux de la performance. Je sais pertinemment qu’aucune d’entre elles n’a l’objectif de se rendre aux Jeux olympiques. Pourtant, leur notion de performance est tellement variable. Certaines sont à la recherche de la perfection et d’autres préfèrent tout simplement une bonne amélioration. Évidemment, entre filles, il y a toujours de la comparaison. Se comparer entre elles ou se comparer avec des athlètes olympiques, c’est au cœur de leur quotidien malheureusement. La notion de performance est tout simplement personnelle à chacun. Gabrielle Lavoie, j’ai bien aimé quand tu dis que tu « n'enlèves rien aux athlètes olympiques de ce monde comme Michael Phelps ou Usain Bolt qui accumulent des records du monde ». Je suis tout à fait d’accord que ce sont d’excellents athlètes, mais qu’il y a d’aussi bons athlètes qui ne vont pas aux Jeux olympiques, mais qui sont autant performants qu’eux. Performants sur d’autres points, d’autres valeurs personnelles, d’autres défis, etc.

Merci pour ton bon texte, il m’a fait réfléchir sur mon rôle dans la vie de ces jeunes qui ne vivent que pour la performance.