dimanche 24 février 2013

« Tuer n'est pas un soin » ?


 Il y a moins d’un an, l’ancien gouvernement libéral de Jean Charest mettait sur pied une commission publique sous le nom de « Mourir dans la dignité ». Le but de cette Commission était de sonder la population québécoise sur la possibilité qu’un médecin puisse euthanasier un patient, à sa demande, dans les derniers jours de sa vie.

Récemment, un collectif de médecin s’est formé pour s’opposer au projet de loi de l’actuelle ministre Véronique Hivon voulant légaliser l’euthanasie. Ces médecins sont près de 230 au Québec à s’être regroupé pour interdire une telle pratique. « Nous sommes là pour dire qu'enlever la vie volontairement à quelqu'un ce n'est pas un soin », indiquait le Dr Marc Beauchamp, chirurgien-orthopédique, lors d'une conférence à l'Hôtel-Dieu de Montréal la semaine passée. 

Pour ma part, je dois dire que ce débat me divise. D’un côté, je peux comprendre le collectif de médecin qui, de par la vocation même de leur profession, ne peuvent concevoir le fait d’enlever la vie d’un de leur patient. Ces mêmes médecins, qui pendant des années étudient sur les bancs d’université, les pratiques les plus novatrices de soins palliatifs permettant de sauver leurs futurs patients. Durant une bonne partie de sa vie, le rôle fondamental que se donnera un médecin en se levant chaque matin sera de maintenir en vie le plus longtemps possible ses patients.

D’un autre côté, je peux comprendre le  point de vu des malades réclamant ce droit. Pour un patient en phase terminale d’un cancer et souffrant de son traitement, je crois que je peux comprendre la volonté de celui-ci de vouloir « se libérer » de cette souffrance. Pour la famille de malades, je pense aussi qu’ils peuvent en venir à souhaiter mettre un terme aux souffrances de leur proche quand celui-ci vit les derniers jours de sa vie dans des conditions pénibles.

Et vous que pensez-vous de ce projet de loi?

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201302/19/01-4623235-des-medecins-se-mobilisent-contre-laide-medicale-a-mourir.php

3 commentaires:

Stéphanie Guay-Larochelle a dit…


Il y a quelques années, j’aurais répondu à ce billet en disant qu’il ne faut pas légaliser la pratique de l’euthanasie pour alléger les souffrances d’un patient en phase terminale. Mais avec le temps, et surtout en ayant côtoyé pendant longtemps une personne n’ayant presque pas de qualité de vie, j’affirme maintenant que je suis pour ce projet de loi, soit qu’une personne ait le droit de « mourir dans la dignité », pour se libérer de ses souffrances. Je suis consciente qu’avant de choisir cette option « drastique », il y en a plein d’autres comme les soins palliatifs, mais croyez-moi, ces soins ne sont pas la solution miracle à tous les problèmes. À court terme, les soins palliatifs sont la meilleure option selon moi, mais à long terme, non. Même si le patient est traité avec une approche différente et avec des médicaments qui atténuent ses souffrances, sa qualité de reste la même ; il attend sa mort et cette attente peut parfois être longue.

Vivre avec la maladie d’un proche est autant difficile pour la personne malade que pour la famille proche qui l’entoure. Il faut le vivre pour comprendre le point de vue des personnes qui réclame le droit de « mourir dans la dignité ». Alors, selon moi, il faut prendre au sérieux cette option et la légaliser.

Puisqu’il s’agit d’un sujet chaud et délicat, je tiens tout de même à nuancer mon opinion. Du point de vue des médecins, je peux comprendre que cette option leur paraît illogique, considérant que dans le cadre de leur métier ils doivent avant tout sauver des vies et qu’il y a d’autres options possibles. Mais sauver une vie ou maintenir le plus longtemps en vie une personne souffrante, est-ce que cela s’appelle réellement une vie ?






Martin Busuttil a dit…

Je suis entièrement en accord avec ce projet de loi. Qui plus est, je me demande encore pourquoi il suscite autant de division dans la population. Je n’arrive pas à croire qu’en 2013, certains gens ne sont pas assez empathiques pour mettre fin à la souffrance de certaines personnes qui le méritent. J’irais même jusqu’à dire que les médecins qui s’y opposent démontrent une belle forme d’hypocrisie. Je m’explique.

À les entendre, on en a que pour leurs compétences. Ils ont étudié longtemps pour pouvoir alléger certaines souffrances, ils ont contribué à l’avancement de certaines techniques, ils ont aidé à faire évoluer la science, etc. En soi, j’ai énormément de respect pour ça, mais jusqu’à quel prix? Ces gens ne sont certainement pas prisonniers de leur corps comme plusieurs personnes gravement malades ou handicapés peuvent l’être.

Cela me rappelle le cas de David Audesse, un jeune homme de Bucklland, dans Bellechasse, qui avait été amputé des deux bras et des deux jambes à cause d'une maladie grave. Il était mort en février 2011, dans des circonstances nébuleuses. Un peu plus tôt cette année, sa mère confirmait aux médias qu’il s’agissait bel et bien d’un suicide assisté. Elle ignorait l’auteur du geste, mais elle ne le condamnait pas. Selon elle, celui qui avait aidé son fils à mourir l’avait libéré d’une grande souffrance. D’ailleurs, personne ne sait encore qui est cette personne et ça restera probablement secret jusqu’à jamais.

La majorité des gens perdraient toute joie de vivre après avoir perdu ses deux bras et ses deux jambes. Vous, moi et même tous ces médecins. Oui, certaines personnes vivent avec ce handicap, mais je les considère comme des forces de la nature. En fait, personne ne devrait obliger une personne si sévèrement handicapée à continuer de vivre si elle-même et ses proches sont en accord pour en finir. Mieux vaut quitter en paix que de vivre dans la souffrance.

Stephanie Lepage a dit…

Ce que je trouve fascinant dans ce débat, c'est sa généralisation! Il touche de façon très intime autant les jeunes que les moins jeunes, les hommes, que les femmes. Pour ma part, je crois, et de façon catégorique, qu'un être humain a droit de regard sur sa propre vie, même si ses capacités sont réduites. Il s'agit d'un sujet extrêmement délicat puisque le désir de mourir peut aller et venir, et être très influencé par l'état dépressif d'un patient. Je crois donc que le suicide assisté doit être sévèrement encadré par des professionnels en santé mentale qui pourront s'assurer de l'état mental des gens qui en font la demande.

Je trouve particulièrement étonnant de voir autant de médecins s'insurger dans les médias contre une telle pratique suite à une expérience personnelle vécue l'année dernière. Ma grand-mère fortement diminuée par la vieillesse et les "petits bobos" de la vie a contracté une pneumonie et est entré à l'hôpital en janvier dernier. Ses forces ont diminué rapidement, en l'espace de deux semaines elle a perdu toute couleur et tout goût de vivre. Une opération a été proposée, mais avec la promesse de passer toute les dernières années de sa vie branchée à une bouteille d'oxygène, sans aucune autonomie possible. Elle a donc refusé, du haut de ses 85 ans, elle n'avait pas du tout envie de prolonger inutilement ses souffrances. Elle était donc condamnée à mourir, mais en combien de temps? elle a passé 2 jours ainsi, à dire adieu à ses proches et, à sa demande, son médecin lui a ensuite enlevé son masque à oxygène en notre présence, pour qu'elle décède au moment qu'elle avait choisi. Qu'est-ce que c'est ça, si ce n'est pas un suicide assisté? si ce n'est pas la démonstration du respect des désirs et de la dignité d'un humain?

Cette expérience m'a rendue très fière de ma grand-mère et m'a fait pendre conscience de l'importance d'une législation sur le sujet. Être tombée sur un médecin trop à cheval sur les règles, elle n'aurait jamais pu vivre cette fin de vie, si belle et entourée. Je ne remercierai jamais assez le médecin en cause, son humanité l'honore...