dimanche 17 février 2013

La retouche naturelle


Combien de fois ai-je feuilleté un magazine féminin québécois et me suis-je demandé si une publicité en particulier ou une image de femme avait été retouchée ? Pour une millième fois, ce soir je me pose la question en feuilletant un de ces magazines. Ces magazines féminins québécois qui se vantent « de montrer la vraie femme au naturel » ne sont pour moi pas mieux que leurs consœurs américaines.  Je trouve cela dommage et un peu mensonger de prôner une différence qui est, en fin de compte inexistante au fil des pages.

 Pour moi les directions de publications de ces magazines font preuve d’un manque d’éthique. Par leurs articles vantant les mérites d’une beauté naturelle ou ceux de s’accepter tel que nous sommes, je pense qu’ils vendent une réalité à laquelle ils n’adhèrent pas eux-mêmes. Certains reportages mettant en scène des mannequins montrent aussi qu’ils ne représentent pas l'ensemble des femmes, celles qu’on pourrait croiser en allant à l’épicerie. Je comprends très bien qu’ils sont souvent soumis aux impératifs des publicitaires qui subventionnent leurs magazines, mais cela entre en contradiction avec des valeurs et des principes qu’ils désirent véhiculer à leur lectorat. Je crois qu’il faut demeurer prudent en tant que lecteur quant à l’identité et l'image que veulent se donner de telles parutions. L’image de la femme est plus que jamais à notre époque exposée, mais rarement représentative de l’ensemble des femmes en général. 


 L’industrie du magazine féminin est encore un commerce lucratif chez les marchands de journaux. Malheureusement, les crédos de beauté de ces publications ont tendance à supplanter leurs bons principes et l’image plus naturelle et proche des femmes qu’ils désiraient avoir. C’est quand même désolant de constater encore cela en 2013.  

4 commentaires:

Cynthia Côté a dit…

Bien que je sois en accord avec la presque totalité des arguments de ton billet, je trouve important de nuancer ton point.
Certains magazines comme Vita, destiné aux femmes de plus de 40 ans, méritent des applaudissements car ils représentent effectivement la « vraie » femme, avec ses magnifiques défauts. Il serait donc faux de généraliser ta critique à tous les magazines.
La présentation de la femme dans les différents médias a été, et est encore, extrêmement critiquée. Ces critiques ont eu plus de poids qu'on le pense. L'industrie de la mode doit maintenant agir en conséquence de ces critiques, c'est-à-dire en engageant des mannequins qui ne sont pas affreusement maigres.
Ma thèse défend donc l'intérêt de continuer d'exercer une pression sur les médias pour que le changement progresse, mais je tenais à féliciter ceux qui ont déclenché le mouvement.

Sophie Houle-Drapeau a dit…

Comme le dit si bien Laure Waridel en parlant de la consommation écologique : «Acheter, c’est voter!». Certes, les entreprises doivent prendre leurs responsabilités environnementales. Toutefois, les consommateurs doivent eux aussi se responsabiliser dans leurs achats. À mon sens, ce slogan de Laure Waridel s’applique également à la question des magazines féminins et de l’image de la femme «parfaite». Si l’on souhaite un réel changement de cette image falsifiée dans les magazines féminins, il faut se responsabiliser face à nos choix de lecture. En acceptant de lire des articles qui nous offrent des trucs et astuces pour être «plus belles», on en vient à admettre cette perfection photoshopée, que ce soit conscient ou pas! C’est pourquoi je vais dans le même sens que la conclusion de Cynthia. Si l’on souhaite enrayer l’image photoshopée de la femme, il importe d’encourager les magazines féminins alternatifs qui font un réel effort et même de boycotter ceux qui falsifient leurs photos.

Judy Drolet-Bolduc a dit…

Je comprends tout à fait ton point de vue Valérie, mais j'acquiesce tout de même avec Cynthia et Sophie. Comme Cynthia le dit, la revue Vita est un bon exemple qui va à contre-courant de la plupart des autres revues que nous pouvons lire. Mais il y a aussi une autre nuance à apporter.
Si l'on regarde les articles publiés dans Châtelaine par exemple, on se rends compte que le ou la journaliste tente de créer un lien avec la femme dite « normale ». On donne des trucs pour prendre soin d'elle, avec des petites photos qui ressemblent à n'importe quelle femme. Par contre, il s'agit plutôt des publicités directement qu'il faut viser, celles qui surchargent les revues. Je crois que c'est normal aussi. Mais tout de même, je comprends ton avis et je crois qu'il faut continuer à vouloir montrer les vraies femmes.

Julie Lemay a dit…

Salut Valérie,

Un billet comme le tien est toujours d’actualité. Beaucoup de femmes reprochent aux différents médias de présenter la femme d’une manière qu’elle n’est pas réellement. Je suis d’accord avec toi lorsque tu mentionnes que ces éditeurs de magazines « vendent une réalité à laquelle ils n’adhèrent pas eux-mêmes ». Cela dit, en lisant ton billet, j’ai tenté de me mettre à leur place, et voici ce que j’en conclus.

Tu vas peut-être trouver ma comparaison dérisoire, mais je vais quand même la faire pour tenter de les comprendre, ces éditeurs. Lorsque tu remets un travail scolaire, considères-tu que tu as fait le maximum de ce que tu pouvais faire et qu’il est, selon tes capacités évidemment, près de la perfection; celle que tu es en mesure d’atteindre? En d’autres termes, t’assures-tu que le fond, autant que la forme, sont excellents? Puis vient le temps de rédiger une table des matières qui convient, sans oublier la page titre et la pagination… Lorsque tu le déposes au comptoir de services, tu sais que tu remets un bon, voire un excellent travail. Non?

Je sais que le parallèle semble étrange, mais j’essaie de me mettre à la place d’un éditeur de magazine qui livrerait une édition avec des photos imparfaites : un œil beaucoup plus petit que l’autre, un petit morceau de nourriture entre deux palettes, un cheveu fou au milieu du visage du mannequin… En tant que lectrice, ne serait-ce pas la première chose que l’on remarquerait?

Je m’imagine regarder une publicité de rouge à lèvres dans laquelle la femme sur la photo a du duvet apparent sur la lèvre supérieure. Je ne pense pas que j’achèterais le produit. Straight up. Je regarderais sûrement longuement la publicité, même si je sais pertinemment que personne, dans la vraie vie, a une peau parfaite, des pores fermées à double tour et du poil enseveli sous l’épiderme, le derme et l’hypoderme.

Cette discussion me donne envie de faire le parallèle avec le texte de Florence sur les valeurs. En dernière partie, on nous présente quatre valeurs collectives, l’une d’elles étant « l’idéologie de la performance ». Je trouve que cette valeur est intimement liée au culte de la beauté qui teinte notre société contemporaine. Ce sera intéressant de suivre l’évolution des magazines dans les prochaines années…


Piron, Florence. 2013. « Les valeurs – Éthique de la communication publique ». En ligne. http://www.ethique.com.ulaval.ca/index.php/Les_valeurs. Consulté le 20 février 2013.