vendredi 28 septembre 2012

Concevoir un bébé à trois, est-ce que ça vous «gène» ?



Il n’y a pas si longtemps, la seule façon d’empêcher une mère, porteuse d’une maladie, de mettre au monde un enfant malade était l’abstinence. Depuis un moment, une avancée sans précédent dans le domaine de la vie, aux allures de science-fiction, retient l’attention des médias du monde entier. En effet, il existe maintenant une thérapie qui vise à « permettre à un couple, dont la mère risque de transmettre une maladie grave à son enfant, d'avoir un bébé en pleine santé, en faisant appel à une donneuse de cellules sexuelles à la base de l'ovule ». (La Presse, 2012) Élaborée en Europe, cette méthode permet d’éviter la transmission de gènes défaillants. Au final, cela nous donne un enfant en santé dont l'héritage génétique est reçu de trois personnes.

Cette réalité n’est pas isolée. Plusieurs autres techniques comme la fécondation in vitro existent déjà et d’autres sont à venir. L’auteur de L’éthique expliquée à tout le monde, Roger-Pol Droit, mentionne d’ailleurs d’autres avenues potentielles comme l’utérus artificiel, la grossesse effectuée par un robot, etc. Même si ces avenues sont pour l’instant farfelues, la question reste toujours la même : est-ce acceptable de manipuler ainsi la vie?

D'un côté, cette découverte majeure se révèle très positive. Cela permettrait d’éviter certaines maladies et les coûts qui découlent de la naissance d’enfants handicapés. Cela permettrait à ces personnes de vivre une vie meilleure. La demande pour du personnel de soins n’augmenterait pas ce qui permettrait aux préposés d’être plus disponibles pour leurs patients. Cette méthode propose de créer moins d’humains dépendants du système de santé et plus de gens qui contribuent activement à la société donc de meilleures conditions économiques et sociales pour tous.

De l'autre, l’assistance médicale à la procréation suppose également son lot d’inquiétude à commencer par des risques inconnus et une réalité qui ébranle la morale. Faire la sélection d’embryons c’est effectuer un contrôle de ceux qui vivent et de ceux qui meurent. Un embryon est-il un humain? En Grande-Bretagne, un débat éthique a d’ailleurs été lancé sur cette méthode qui suscite la controverse et dont on ne connait pas encore les conséquences et les dérives possibles. Le fait de manipuler ainsi les gènes ne pose-t-il pas des risques de transmettre d’autres pathologies?

Si l’est vrai que cette méthode peut améliorer les conditions de vie, elle peut également décider qu’un enfant malade, imparfait génétiquement, etc. n’a pas droit à la vie comme le mentionnait l’eugénisme dans les années 30. Quel genre de législation serait mise en place et surtout quelle place réserverait-on aux droits de la personne? Sommes-nous moralement prêts à vivre avec les conséquences de tels choix? De plus, comment sommes-nous sûrs qu’il s’agit là d’une solution viable? « Les théories eugénistes des nazis et la trajectoire tragique empruntée, sous la dictature d'Hitler, par l'utopique théorie destinée à rendre parfait le génome humain [soulèvent de grandes interrogations.] De 1933 à 1945, l'Allemagne nazie a soutenu une campagne pour “épurer” la société allemande des individus susceptibles de menacer la “santé” de la nation ». (Musée canadien de la guerre, 2008) Évidemment, l’objectif n’était pas tout à fait le même, mais le résultat l’est. Comment doit-on réagir comme société à cette nouvelle méthode? Devrions-nous l’encadrer? Devrions-nous l’empêcher parce qu’elle suppose des manipulations qui pourraient avoir des conséquences au-delà du bien-être du nouveau-né?

La Presse. 2012. « Bébé à trois ». Le 20 septembre 2012 La Presse. [En ligne]. URL : http://www.lapresse.ca/international/ailleurs-sur-le-web/201209/20/01-4575843-bebe-a-trois.php. Consulté le 20 septembre.

Droit, R.-P. 2009. « L'éthique expliquée à tout le monde ». Paris : Les éditions du seuil.128p.

Musée canadien de la guerre. 2008. « Médecine mortelle – Créer la “race supérieure”. En ligne. URL : http://www.civilization.ca/cwm/exhibitions/eugenisme/deadlymedicine01f. shtml. Consulté le 21 septembre 2012.


2 commentaires:

Unknown a dit…

Salut !

J’ai apprécié ton texte pour la raison que tu abordes une question sensible. Il est toujours difficile de prendre position sur une question aussi délicate.

Je crois c’est injuste d’utiliser l’assistance médicale afin de modifier le statut d’un enfant. Je comprends les raisons tels que les coûts engendrés par l’handicap d’un enfant, etc. Cependant, je crois que l’on ne peut jouer avec la vie. Je me dis souvent que chaque chose à sa raison d’être, même si ça peut sembler injuste pour certaines personnes, dans divers contextes. Je vois ça un peu avec extension pour mieux me faire une idée. Si l’on approfondi les recherches dans ce domaine, jusqu’où ça va aller ? Peut-être que les scientifiques pourront prédire à quel cancer et à quel âge une personne sera atteinte ? Ou bien les scientifiques pourraient connaître le cycle de vie d’un individu. C’est un peu exagéré, mais je veux juste démontrer qu’il est parfois mieux de laisser la vie suivre son cours.

Unknown a dit…

Bonjour!
J'ai trouvé ton texte très intéressant, je n'avais encore jamais entendu parler du concept de conception à trois, surtout au niveau maternelle.

La conception assisté, quel dilemme!

J'avoue que j'ai encore de la difficulté à me faire une idée à ce sujet. Il y a des points positifs non-négligeables, mais aussi plusieurs points négatifs et surtout, qui peuvent s'aggraver.

Bien sûr, il est logique qu'on veuille éliminer toute source de maladie, surtout du point de vue de la ''victime''. Certains enfants malades n'aurait certainement pas voulu l'être et une façon de l'éviter dès la naissance peut-être une option. D'un côté socio-économique, c'est aussi moins lourd d'avoir moins de malades à gérer par le système.

Cependant, même si nous éliminons à la source certains gènes défaillants, qu'est-ce qui nous garantit que l'enfant ne tombera pas malade des suite de l'environnement où il vit ou d'une maladie qu'on ne peut contrôler? Et lorsque les recherches se déveopperont, vers où iront-elles? Il y a toujours des limites à ne pas franchir, il faut donc être délicat et savoir imposer un STOP quelque part.