mercredi 26 mars 2014

Le mythe de la vahiné qui perdure

Le mythe de la sexualité polynésienne existe depuis des siècles dans notre culture occidentale. Ce mythe est connu pour la Vahiné blanche, terme qui sous-entend qu’une jeune femme polynésienne souhaite exprimer librement ses pulsions « lascives » par la danse et par un désir sexuel en toute liberté. Le mot « blanche » est au cœur de la création du terme « race ». Un contraste entre Polynésie et Mélanésie provient de la couleur de leur peau et de l’hospitalité que les deux populations avaient envers les Européens au temps de la colonisation.

Durant cette période, la peau blanche était synonyme de beauté contrairement à la peau noire qui était vue comme sale (Tcherkézoff 2004). En effet, les femmes polynésiennes étaient souvent admirées par les Européens pour être presque «aussi blanches que les Européennes».  Contrairement à la population de Mélanésie qui était jugée péjorativement par leur peau foncée.
Selon moi, l’invention masculine du mythe est avant tout sexiste. Les Européens arrivaient sur l’ile après plusieurs mois d’abstinence et les femmes polynésiennes «se devaient» de les divertir. Elles étaient vues comme étant lascives, qui ignoraient la chasteté. 

Lorsque les hommes rentraient en Europe, ils les décrivaient surtout par rapport au caractère sexuel de l’accueil. Une généralisation qui sous-entend que le peuple à peau claire est connu pour son hospitalité notamment sexuelle, contrairement aux femmes en Mélanésie qui sont fidèles à leur mari et qui ont une peau plus foncée. 
Ces Vahinés, considérées comme étant des courtisanes, avaient un instinct de plaire. Les danses et les relations sexuelles soulignaient une liberté chez ces jeunes femmes polynésiennes célibataires qu'il n'y avait pas encore en Europe. Elles étaient vues comme étant déjà très libres de disposer de leur corps et de faire ce qui leur plait. 

En réalité, cette histoire est un malentendu qui perdure, car ces jeunes femmes obéissaient aux ordres de leur chef qui voulait qu’elles tombent enceintes afin «de se nourrir du pouvoir des Européens».
Finalement, d'après le documentaire de Thalassa, le mythe existe toujours. En effet, la Vahiné est un produit qui se vend et qui s’exporte dans le monde entier, notamment des calendriers à sujet érotique. Pourtant les Tahitiens ne valorisent pas ce genre de photos, car le cliché du mythe demande aux femmes d’avoir la poitrine dénudée. Un mythe à la fois racial et érotique sur les Vahinés qui, à la base, signifie simplement « femme » en Tahitien.



POIRIER P. et J-C. CHENEAU, 2012, Tahiti : La Vahiné du mythe à la réalité (extrait). Thalassa, France 3, [En ligne] http://www.youtube.com/watch?v=LNpppunPUH8  


TCHERKÉZOFF S., 2004, Tahiti 1768. Jeunes filles en pleurs. La face cachée des premiers contacts et la naissance du mythe occidental (1595-1928). Pirae, Tahiti, Au vent des îles.

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